Il Ă©tait une fois, au bord dâun monde toujours en mouvement, un homme qui, lui, ne bougeait plus. Il Ă©tait arrivĂ© au bout dâun chemin. Pas un chemin hĂ©roĂŻque, pas une route triomphante. Non.. une marche lente, traĂźnĂ©e, habitĂ©e par lâĂ©cho de pas quâil nâosait dĂ©jĂ plus faire. Son parcours, vu de lâextĂ©rieur, semblait enviable. Il nâavait manquĂ© de rien : ni dâamour, ni de projets, ni de sourires. Mais en lui, une absence. Une question sourde, tenace, qui revenait comme une ombre : « Quâest-ce que je fais lĂ ? » Depuis longtemps, peut-ĂȘtre depuis toujours, il vivait sans vraiment vivre. Spectateur de sa propre existence. MĂȘme entourĂ©, il se sentait seul. MĂȘme comblĂ©, il restait vide. Et maintenant, il Ă©tait lĂ , immobile, face Ă un sentier qui se dissolvait sous ses yeux. Ni fin, ni dĂ©but. Juste une zone floue, un seuil suspendu, un lieu oĂč mĂȘme le sol semblait douter de lui-mĂȘme. Il ne savait plus avancer, ni reculer... Il ne savait mĂȘme plus disparaĂźtre. On lâappelait lâhomme oubliĂ©, sans quâil ait choisi ce nom. OubliĂ© de lui-mĂȘme, surtout. Pendant que le monde continuait Ă courir autour de lui, trĂ©buchant, se relevant, cherchant⊠lui restait plantĂ© lĂ , comme une pierre hĂ©sitante entre ce quâil avait Ă©tĂ© et ce quâil nâarrivait plus Ă devenir. Ce nâĂ©tait pas un manque de volontĂ©. CâĂ©tait pire : il se croyait incapable. On lâavait tellement corrigĂ©, exigĂ©, rappelĂ© Ă lâordre... Tellement rĂ©pĂ©tĂ© quâil fallait ĂȘtre performant, impeccable, irrĂ©prochable. See more